Les sorcières en littérature


Littérature

La figure de la sorcière, éternellement changeante et pleine de surprises, a notamment été influencée par de nombreuses œuvres littéraires au cours des siècles. En voici quelques exemples : 


L’Iliade et l’Odyssée 
Homère, couverture de l’Iliade et l’Odyssée, écrit, ou plutôt récité par l’auteur entre 800 et 750 av. J-C., édition Robert Lafont (bien que cette œuvre soit aussi publiée dans d’autres éditions), 2008.


L’Iliade et l’Odyssée, tous deux issus du poète grec Homère, sont évidemment considérés comme étant des chefs-d’œuvre de la littérature antique. Ces poèmes content l’épopée d’exploits surhumains réalisés par des héros grecs. L’Iliade raconte la guerre de Troie, ou le troyen Paris est justement choisi pour arbitrer un concours entre Athéna (déesse de la stratégie et de la sagesse), Aphrodite (déesse de l’amour), et Héra, l’épouse de Zeus. Celui-ci doit choisir qui de ces trois déesses est la plus belle, chacune lui promettant une récompense en échange de son bon jugement. Aphrodite, qui lui propose de lui offrir la plus belle femme du monde, sera choisie et Pâris tombera amoureux du la fille du roi Ménélas : Hélène. Pâris, véritablement transit amoureux, enlèvera la belle Hélène et déclenchera par la suite la guerre de Troie. S’ensuit donc un conte on l’on rencontre de grands personnages, tel que : Achille, le redoutable combattant surnommé « Achille aux pieds rapides », ou encore Agamemnon, qui commande alors l’armée achéenne durant ce conflit contre les troyens. 

Quant à l’Odyssée, ce nom provient surement du personnage principal Ulysse, puisqu’en grec, Ulysse est traduit « Odysseus » en latin.  Cette histoire, composée en trois parties différentes : « la Télémachie », « les aventures d’Ulysse », et « la vengeance d’Ulysse », et retrace l’histoire de son héros qui traverse de nombreuses épreuves afin de pouvoir rentrer chez lui, sur l’île d’Ithaque où il est roi et où le pouvoir menace de lui être pris par des adversaires. Dans cet épisode, on croise aussi de nombreux personnages devenus mythiques et de grandes références au niveau littéraire, avec par exemple, la magicienne (ou « sorcière »), Circé, qui métamorphosera ses compagnons en sangliers et le retiendra à ses côtés un certain temps sur son île mystérieuse. 

  Les métamorphoses 
Ovide, Les Métamorphoses, écrit à l’époque de l’Empereur Auguste (car aucune date précise) couverture édition Gallimard (Jean-Pierre Néraudau), 2011.


Dans cette œuvre signée Ovide, un autre poète antique, l’auteur retrace toute l’histoire du monde gréco-romain depuis sa naissance même. Dans ce long poème, est notamment exprimée de manière assez imagée, la force démoniaque des passions. On y croise également des personnages retentissant de mystères : Circé, alors dédaignée par le dieu marin Glaucus, qui lui préfère Scylla, se venge de sa rivale (qui est une nymphe) en la métamorphosant en monstre marin. Pour accomplir ce sombre dessein, elle profère des incantations contre elle, et utilise des herbes magiques. De même, sous le coup de la colère et de la jalousie, elle transforme le beau roi d'Ausonie, Picus, en pivert malgré l’intervention de ses compagnons, lorsque celui refuse ses avances. On y rencontre également le sort d’Io, aimée de Zeus, qui sera métamorphosée en génisse par Héra, et sera condamnée à errer sous cette forme dans le monde, mais on lit aussi les exploits de Médée, qui métamorphose Pélias, un pauvre vieillard égorgé, en bélier, qui deviendra à son tour un agneau nouveau-né. 

Ainsi, Les Métamorphoses d’Ovide nous décrivent en grande partie les pratiques magiques opérées et imaginées à cette époque-là, ce qui influencera par la suite, certains événements importants et la place de la sorcière dans l’Histoire. 

Les ouvrages, poèmes de l’Antiquité, content souvent les aventures des dieux païens et de héros épiques mythiques qui affrontent certains phénomènes magiques, tandis qu’au Moyen-Age, ce principe est quelque peu reprit mais « christianisé ». 

La Légende du roi Arthur 
Couverture de La légende du roi Arthur (et ses chevaliers de la table ronde), Jacques Boulenger, édition Grande Bibliothèque Arthurienne, 2006.


Connue de tous, la légende du roi Arthur est issue de l’une des œuvres de la légende arthurienne, caractérisée par deux sous genre : merveilleux-païen (notamment à cause de la figure de la sorcière Morgane) et merveilleux-chrétien (à cause de la conquête du précieux Graal, coupe qui recueilli le sang du Christ sur sa croix lorsqu’il reçut une flèche dans le flanc). Par ailleurs, Morgane, la demi-sœur d’Arthur, est dans les premiers ouvrages du cycle arthurien, un personnage perçut de manière positive puisqu’elle sert à leur cour, son frère et sa belle-sœur avec sa magie. Mais c’est à partir du Lancelot du Graal que Morgane troque peu à peu son image de sorcière-fée entre guillemets « acceptable », contre une image plus maléfique, étant donné qu’elle met tout en œuvre pour anéantir Arthur et ses chevaliers. 

Représentée comme une sorcière « traditionnelle », elle prépare des potions à l’aide de plantes magiques, et lance évidemment des maléfices. Celle-ci est le témoin même du changement de vision au niveau religieux et de la situation de la femme dans la société médiévale. 

Raiponce 
  Raiponce, de Johnny Gruelle, illustration parue dans le premier volume de Contes de l’enfance et du foyer publié en 1812. 


Raiponce est un conte allemand écrit par les frères Grimm et parut dans le premier conte de Contes de l’enfance et du foyer publié en 1812. 

Ce conte raconte l’histoire d’un couple qui attend la venue d’un enfant, mais la femme, qui voit des salades dans le jardin de leur voisine, une méchante et cruelle sorcière, est aussitôt ensorcelée par les maléfices qui les entourent et exige immédiatement que son mari en lui apporte une pour pouvoir la manger. Celui-ci est donc contraint d’aller voler une salade à l’insu de la sorcière. Mais après l’avoir mangée, le désir de sa femme augmente, et lui demande à aller en rechercher. L’homme, une seconde fois contraint de voler, est cette fois-ci surpris sur le fait. La sorcière, malveillante, accepte de lui donner autant de salades que sa femme en souhaitera à l’avenir, uniquement si le couple accepte de lui donner l’enfant qui s’apprête à naître. L’homme, apeuré par le souvenir de sa femme malade, rongée par le désir de manger de la salade, sera obligé d’accepter cette proposition contre son gré.  

Ainsi, durant 9 mois entiers, la sorcière procura en grande quantité de la salade ensorcelée au couple. Lorsque l’enfant vint au monde, celle-ci l’enleva à ses parents et l’éleva. C’était une petite fille, et elle la surnomma : Raiponce (comme la salade), en souvenir de sa pauvre mère.  Lorsque Raiponce atteignit ses douze ans, la sorcière l’enferma dans une haute tour sans porte ni escalier. Chaque fois que la sorcière souhaite lui rendre visite, celle-ci lui demande de lui jeter sa longue chevelure tressée par la fenêtre, afin qu’elle puisse grimper. 

Mais un jour, alors que le fils du roi passait par là, il entendit Raiponce qui chantait par la fenêtre de sa tour, et tomba presque immédiatement amoureux d’elle. Quelques instants plus tard, il surprit la sorcière qui rendait visite à la jeune fille, et vit qu’il fallait que celle-ci lance sa chevelure pour pouvoir grimper. 

Une nuit, caché entre les ronces qui entouraient la tour qui retenait la jeune fille prisonnière, il imita la voix de la sorcière et demanda à Raiponce de lui jeter sa chevelure. Il grimpa, et se retrouva en face de Raiponce, totalement affolée en voyant que cela n’était pas sa mère adoptive, et surtout parce qu’elle n’avait jamais d’hommes. Tentant de la calmer, le prince lui promet de prendre soin d’elle et de l’aimer pour toujours. Mais Raiponce, sous le charme et amoureuse, le prévient du danger que représente la sorcière si elle le voit en sa compagnie. Chaque soir, dans le plus grand secret, Raiponce et le prince se donnent rendez-vous après que la sorcière soit partie.

Malheureusement, la jeune fille tomba enceinte et parla accidentellement des visites fréquentes du prince à la sorcière. Folle de rage, elle décida de couper les cheveux de Raiponce et de les nouer à la rambarde de la fenêtre de la tour afin de piéger le prince. Lorsque celui-ci commença à monter, la sorcière trancha la tresse, et le fils du roi tomba dans un buisson de roses qui lui crevèrent les yeux. Par la suite, il passa des années à errer dans la forêt sans parvenir à retrouver son chemin ni à retrouver sa bien-aimée. Raiponce, elle, fut laissée à l’abandon par la sorcière, et accoucha seule et dans la plus grande souffrance de jumeaux. 

Mais alors que Raiponce pleurait son désarroi, le prince l’entendit et la rejoignit. Ainsi, les larmes de la jeune femme eurent le merveilleux pouvoir de rendre la vue à son bien-aimé, et celui-ci put enfin rentrer chez lui en compagnie de Raiponce et de ses enfants. Nous pouvons rajouter qu’ils vécurent heureux ensemble toute leur vie. 

Dans ce conte, l’image de la femme est assez terne : la véritable mère de Raiponce, curieuse, va regarder le jardin de la vieille sorcière et y verra les salades ensorcelées qu’elle y cultive. L’homme, lui, est présenté en éternelle victime, qui est soumis par la femme, avec notamment, le mari qui est obligé de voler des salades pour sa femme bien-aimée ; et contraint de donner son enfant pour la sauver. La figure du prince est aussi malmenée par le fait que celui-ci devient aveugle à cause de Raiponce. La sorcière, elle, fait preuve d’une cruauté à toute épreuve puisqu’elle condamne sa fille adoptive à une éternelle solitude et à un grand malheur, et condamne le prince à un sort semblable.

Hansel et Gretel
Hansel et Gretel, Arthur Rackham, 1909. 

  
Un autre célèbre conte allemand, intitulé Hansel et Gretel, lui aussi écrit par les frères Grimm et parut dans le premier volume des Contes de l’enfance et du foyer, raconte l’histoire d’une pauvre famille allemande qui subit une famine qui a lieu à cette époque dans tout le pays. Par deux fois, les parents d’Hansel et Gretel vont essayer de les abandonner à leur sort dans la forêt qui se trouve non loin de leur maison. Mais sur leur chemin, alors qu’ils pensent pouvoir rentrer chez eux grâce aux miettes de pain qu’a semé Hansel sur le sentier de la forêt, ils croisent une maison faite de pain et de sucreries. Affamés, ils se précipitent sur elle et commence à la manger. Mais aussitôt, la sorcière qui y habite les prend sur le fait et les appâtent pour ensuite les garder en captivité et les manger (car elle est cannibale). Alors qu’elle ordonne à Gretel de préparer le four dans lequel elle va faire rôtir les deux enfants, la petite fille pousse l’horrible créature dans celui-ci lorsqu’elle se penche pour lui expliquer comment faire pour rentrer dedans. La sorcière une fois morte dans d’affreuses souffrances, elle se dépêche de délivrer son frère enfermé dans une étable, qui, tous les jours, recevait la visite quotidienne de la sorcière qui vérifiait si son doigt avait grossi, pour savoir quand celle-ci allait pouvoir enfin le manger. Avant de sortir de la maison, les enfants trouvent un coffre rempli de perles et de diamants, et les rapportent chez eux, à leur père qui espérait toujours leur retour, puisqu’il avait été contraint par sa femme de les abandonner (et qui est morte entre-temps). 

Ici aussi, on peut remarquer l’aspect très négatif de la femme : la mère des enfants et mauvaise, méchante, car elle préfère les abandonner dans la forêt plutôt que de les garder à ses côtés, bien qu’elle sache que cela ne résoudra jamais le problème de la famine qu’ils sont en train de subir. La sorcière, est elle aussi est présentée comme un personnage cruel et inhumain, puisqu’elle maltraite et souhaite manger les enfants. Enfin, si cela ne vous a pas paru évident, Gretel est sans cesse présentée comme un personnage inférieur à celui de son frère, puisqu’elle sert de bonne à la sorcière, alors qu’Hansel est tranquillement en train de se faire engraisser par celle-ci. 


On distingue deux types de sorcellerie, au XIème siècle, après des accusations de la part de l'Eglise : la sorcellerie pratiquée dans les campagnes avec les filtres, héritée de l'Antiquité, puis la sorcellerie diabolique incluant les démons, le sabbat..

Nous faisons la distinction entre deux types de sorcières : la sorcière diabolique, soit vieille et ridée, soit jeune et séductrice, dont l'interprétation est répandue entre 1400 et 1500. Or, au XIXème siècle à l'époque Romantique, la sorcière devient un personnage bon.

La Sorcière

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La sorcière, Essai de Jules Michelet, publié en 1862, éditions Flammarion


Nous pouvons citer Jules Michelet qui est le premier a avoir réhabilité la sorcière en 1862, avec son essai nommé tout simplement La Sorcière. Notons que dans ses précédents ouvrages, il définissait la sorcellerie comme "la reprise de l'orgie païenne pat le peuple". Son essai est donc la première oeuvre dans lequel il définit l'image de la sorcière comme valorisée. Michelet va jusqu'à montrer, dans les messes noires célébrées en l'honneur de Satan, un rapport à la contribution de l'éveil des sciences et de la philosophie. (Bien sûr, ce ne sont que ses réflexions, rien n'est prouvé)
Dans La Sorcière, le personnage choisit de vivre en marge de la société et donc de l'église. Ce personnage apparaît comme novateur, féministe et révoltée par son destin social.

Les contes de la rue Broca
Les contes de la rue Broca de Pierre Gripari, éditions de la Table Ronde


De nombreuses œuvres ont la sorcière pour héroïne. Citons par exemple deux contes publiés en 1997, extrait des Contes de la rue Broca de Pierre Gripari, intitulés La Sorcière de la rue Mouffetard et La Sorcière du placard à balais. 
Dans ces œuvres, la sorcière est vieille et laide. Dans le premier conte, elle a une apparence de grenouille et donc repoussante, et elle est associée à une ogresse puisqu'elle souhaite manger la jeune fille.
Dans le second, la sorcière vit enfermée dans le placard et elle apparaît donc comme vivant hors de la société.
La sorcière a ici le pouvoir de se transformer, et meurt le crâne fracassé, ou enfermée dans un bocal.

Harry Potter
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Harry Potter et les Reliques de la Mort, J.K. Rowling, éditions Gallimard


Nous pouvons également citer la célèbre saga Harry Potter, dont les romans ont été publiés entre 1997 et 2007, par J.K. Rowling.
Dans cette saga, nous avons une vision plus moderne de la sorcière et de la sorcellerie en général. On oscille entre un univers "moldu" qui correspond à notre monde, et le monde sorcier. L'image de la sorcière repoussante, ou séductrice disparaît, les héros étant des adolescents normaux, ayant simplement des pouvoirs en plus.
Les notions de bien et de mal sont cependant toujours opposées, puisque le camp des Mangemorts, mené par Lord Voldemort, apparaît avec la ferme intention de détruire ses ennemis, utilisant divers moyens toujours plus violents. La mauvaise sorcellerie s'opère par de nombreux sortilèges, potions, et moyens de torture dangereux et mortels.
Ici, la sorcière n'est donc plus un personnage unique, elle se trouve mêlée à des individus masculins, créant un concept et donnant une vision beaucoup plus moderne.